Addictions et stratégies de survie face au trauma incestueux

Les survivants d’inceste sont confrontés à un traumatisme complexe (Complex PTSD) qui impacte durablement la santé mentale, le rapport au corps, aux autres et aux institutions.

Ce trauma ne se manifeste pas seulement par des symptômes visibles, mais s’inscrit dans le quotidien à travers des stratégies de coping, souvent addictives, visant à survivre à l’insupportable : dissociation, angoisse chronique, honte, hypervigilance, sentiment de vide intérieur ou hypercontrôle.

Dans ce contexte, les addictions ne sont pas un « manque de volonté » mais des tentatives d’autorégulation émotionnelle dans un environnement souvent peu soutenant et face à des ressources institutionnelles insuffisantes.

Les addictions aux substances psychoactives sont les plus visibles et stigmatisées, servant souvent à anesthésier la douleur psychique ou à ralentir les pensées intrusives

  • Alcool : calmer l’angoisse, faciliter les interactions sociales ou oublier.
  • Drogues illicites : cannabis, cocaïne, crack, héroïne, pour déconnecter du trauma.
  • Médicaments psychotropes : anxiolytiques, somnifères, opioïdes détournés pour réguler émotions et sommeil.
  • Tabac / nicotine : régulateur du stress et de la dissociation.
  • Potomanie (addiction à l’eau) : rapport compulsif au corps et au contrôle.
  • Caféine / boissons énergisantes : lutter contre la fatigue ou l’apathie.
  • Autres médicaments en automédication : antidouleurs, stimulants, pour gérer le stress.

Certaines addictions ne passent pas par des substances, mais par des comportements répétitifs et envahissants, parfois socialement tolérés ou valorisés :

  • Hypersexualité / sexualité compulsive : pornographie, masturbation excessive, répétition traumatique du corps.
  • Addiction à l’adrénaline : sports à risque, sensations fortes, mise en danger.
  • Jeux d’argent, paris et achats compulsifs : perte de contrôle, distraction ou recherche de sensations.
  • Réseaux sociaux et validation en ligne : échappatoire, reconnaissance, mise à distance du réel.
  • Jeux vidéo, binge-watching : espace contrôlable et sécurisant.
  • Shopping compulsif / consommation excessive : combler un vide intérieur ou rechercher un plaisir immédiat.
  • Avarice: l’avarice peut devenir une addiction comportementale de survie liée à la peur profonde de manquer et d’être à nouveau envahi.
  • Addiction à la propreté / hygiène : régulation de l’anxiété et besoin de contrôle.
  • Addiction au smartphone / notifications : échappatoire et validation externe.
  • Addiction au travail / créativité (workaholism) : évitement émotionnel par surinvestissement.
  • Addiction à la rumination / auto-critique : contrôle mental, culpabilisation compulsive.

Le trauma incestueux bouleverse profondément la relation au corps et à la nourriture :

  • Hyperphagie / boulimie sans vomissements : nourriture comme refuge, anesthésie ou apaisement.
  • Anorexie : tentative de reprendre le contrôle sur un corps vécu comme envahi.
  • Rapport compulsif à la nourriture : oscillation entre punition et réconfort.
  • Addiction à l’exercice physique extrême : régulation du stress, contrôle du corps.
  • Tatouages, piercings, scarifications : matérialisation du trauma ou contrôle du corps.
  • Addiction à la stimulation sensorielle : sons, lumières, toucher pour réguler l’angoisse.

Certaines addictions sont moins visibles mais tout aussi destructrices :

  • Dépendance affective / peur de l’abandon : besoin excessif de l’autre.
  • Relations toxiques ou violentes : répétition inconsciente des schémas traumatiques.
  • Auto-mutilation : libération d’une tension émotionnelle insupportable.
  • Dissociation / fuite mentale : décrochement de la réalité pour survivre.
  • Contrôle compulsif / perfectionnisme extrême : tenter de maîtriser un monde vécu comme chaotique.
  • Isolement social compulsif : protection et échappatoire face au trauma.
  • Addiction à la fantaisie / rêverie : immersion dans un monde imaginaire sécurisant.
  • Addiction à la douleur ou au conflit : recherche de situations stressantes pour se sentir vivant.

Les addictions liées au trauma incestueux ne peuvent être comprises sans tenir compte de l’inaccessibilité des soins :

  • Coûts financiers élevés.
  • Déserts médicaux.
  • Manque d’information sur les dispositifs adaptés.
  • Violence institutionnelle minimisant ou invisibilisant la parole des victimes.

Cette situation engendre une double marginalisation :

  • stigmatisation des conduites addictives,
  • exclusion ou inadéquation des dispositifs de soin.

Les addictions chez les survivants d’inceste sont des stratégies de survie face à un traumatisme complexe, et non des choix ou des faiblesses morales. Les reconnaître comme telles permet :

  • de sortir d’une lecture culpabilisante,
  • de réduire la stigmatisation,
  • et de défendre des dispositifs d’accompagnement plus accessibles, inclusifs et traumainformés.

Tout comportement ou usage de substance peut devenir une addiction s’il sert à survivre émotionnellement au trauma, réguler l’angoisse, la dissociation ou le vide intérieur, ou retrouver un semblant de contrôle sur soi ou son corps.

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